Regards sur le Cambodge

IMG_4117Autant le dire tout de suite, on a beaucoup aimé le Cambodge bien que nous n’ayons fait que le traverser sur notre trajet pour le Vietnam. Bien sûr, nous avions prévu de passer par là car nous ne concevions pas de faire un tour du monde sans passer par Angkor. Et bien entendu le site est à la hauteur de nos attentes voire davantage, tant nous en avions sous-estimé la beauté et l’étendue. Les villes ne nous ont pas particulièrement séduits, les paysages sont beaux sans être époustouflants…Mais ce peuple nous a profondément touché par son accueil et sa gentillesse, lui qui s’est entretué pendant les années Pol Pot semble prendre petit à petit les rennes de son destin avec un large sourire tourné vers l’avenir et la solidarité.

Les plus :

Le peuple : c’est incontestablement pour lui que nous pensons y revenir un jour, pour le découvrir encore davantage et sortir des sentiers battus. L’école de Mr Ross à Siem reap, le réseau de restaurants Friends, le cirque Phare sont autant de structures à destination des enfants orphelins ou démunis qui ont jalonné notre parcours et nous ont donné quelques « leçons de vie ». On dit que si la Thaïlande est le pays du sourire alors le Cambodge est celui du sourire contagieux. Pas faux !

La culture : bien sûr Angkor ! Angkor et Angkor…Et ça continue d’accord, d’accord ! Z’avez vu la notre, de culture ??? Evidemment l’art Khmer et la période angkorienne sont l’essentiel de la culture cambodgienne… Mais on a adoré, en particulier Banteay Srei, à l’écart d’Angkor Wat et de Bayon, très beaux mais surfréquentés, même à l’aube.

La nourriture : la vrai spécialité est l’amok, poisson ou poulet cuit dans une feuille de bananier au curry et lait de coco. Mais n’oublions pas le bœuf Loc Lac, et autres currys. Les fruits frais ont aussi la part belle! Autrement, la cuisine cambodgienne est très proche de la thaïlandaise, nous nous sommes donc régalés. Nous avons également adoré cette chaîne de restauration « Friends » qui sort les enfants de la rue en les formant à un vrai métier. Le service est toujours impeccable, la cuisine inventive et de bonne qualité. Et en plus de se régaler, cela participe d’une bonne action…Bravo !

Les moins:

Touristique? Evidemment à Siem Reap mais rien de plus logique, et il faut sortir de Pub Street et du centre ville si on veut ne pas avoir l’impression d’être en Europe. Phnom Penh ne présente pas un grand intérêt et est assez sale, bien qu’il ne soit pas désagréable de se promener le long du Mékong pour y diner sur une des nombreuses terrasses.

Budget:

Nous avons tout suite senti la différence après l’Inde et la Birmanie! Même si on est loin des tarifs européens sur la nourriture et l’hébergement, on s’en approche parfois pour les visites notamment. Ici on parle et on compte en dollars (« dalla » avec l’accent local)… Alors quand une roupie devient un dollar, ça fait vite des trous dans les poches du short ! Enfin, s’il est logique de payer un droit d’entrée pour Angkor, certains lieux ont compris le filon et en abusent…Comme par exemple le village de Kompong Phluk sur le lac Tonlé Sap. C’est beau certes, mais on s’est fait carrément pigeonner.

Ce pays nous aura marqué et notre dernière journée à la prison S21 est venue nous saisir encore un peu plus. Nous quittons donc le Cambodge sur le grand fleuve Mékong en l’accompagnant jusqu’à la fin de sa course dans le sud du Vietnam, avec un petit pincement au cœur mais avec une forte envie de revenir.

Déjà les embarcations changent, l’agitation sur le fleuve se fait plus intense, l’atmosphère se fait plus lourde et plus moite, nous sommes au sud du Vietnam dans le delta du Mékong, près à remonter jusqu’à l’extrême nord… mais ça c’est une autre histoire.

Publicités

10 jours au Cambodge

Bayon TempleNous nous levons très tôt pour prendre un vol pour Siem Reap. Le tuk-tuk de l’hôtel vient nous chercher, avec lequel nous visiterons Angkor et les alentours pendant 3 jours. Nous passons l’après-midi tranquille puis nous allons dans le centre de Siem Reap en fin de journée. Le centre est entièrement dédié au tourisme. Marchés, boutiques, restos, bars, les rues sont inondées d’attrape-barang (touristes). Partout des tuk-tuk, des marchands ambulants qui alpaguent le touriste. La musique qui gueule partout, avec le dollar pour seule devise, les vendeurs d’insectes pour le folklore, David en mangera d’ailleurs quelques uns à l’apéro : vers, criquets, serpents… On dîne dans le coin après avoir fait un tour sur le marché et avoir vite compris qu’il n’y avait rien à signaler ici… On reprend un tuk-tuk pour être en forme demain.

Angkor Wat

Réveil à 4:30 pour aller voir le lever de soleil sur Angkor Wat. Nous faisons la queue pour acheter nos billets, puis allons arpenter le site comme la foule de courageux qui se presse ici. Nous arrivons de nuit pour voir la lueur du jour grandir peu à peu. Le site se révèle doucement, magnifique! Merveilleusement conservé et vraiment imposant, on se sent bien petit dans cette merveille archéologique. Les bas reliefs incroyablement conservés semblent presque récents pour certains.

IMG_3525 IMG_3515 Angkor WatLes énormes blocs de pierre juste superposés, pour former cet édifice aussi imposant que somptueux, d’inspiration hindouiste. Alors nous errons, passons, repassons, changeons de point de vue, surpris que le temple n’ait pas plus mal vieilli au vu du nombre de visiteurs (3 millions par an) qui foulent ces vieilles pierres datant du XIIème siècle. IMG_3486

Angkor WAt

Mais Angkor Wat, le plus célèbre et le plus grand de ces temples, n’est pas le seul, et le site est gigantesque. Nous partons à la découverte d’autres édifices, qui constituent la « petite boucle », ce qui nous prendra une bonne partie de la journée. Tous sont magnifiques bien que très différents. D’influence hindouiste pour les uns, bouddhiste pour les autres, chaque monument à son style, et dégage une atmosphère particulière.

Byon Temple

IMG_3544

AngkorCertains ont beaucoup plus souffert que d’autres, du nombre des années, du tourisme, des fromagers géants qui ont répandu leurs racines tentaculaires jusqu’à tout détruire sur leur passage. Il fait très chaud, il fait souvent faire grimpette pour gravir les marches raides, mais quelle belle journée ! Les enfants ont fait quelques petits sommes dans le tuk-tuk.

Avec Mr Kosal

Nous passons l’après-midi au calme, avec baignade et petite sieste pour seules activités. En soirée, nous allons voir une représentation du cirque Phare, un cirque cambodgien qui forme des enfants des rues aux arts en général, et au cirque en particulier. Nous passons un super moment, la troupe a une pêche incroyable, et les numéros s’enchaînent avec en toile de fond, le rapport des faibles et des puissants, pour une petite heure de pur plaisir. Nous nous sommes tous régalés !

IMG_3708 Banteay Srei

Le lendemain, nous partons seuls avec David pour une 2ème journée à travers le site d’Angkor. Les enfants ont quartier libre à l’hôtel mais ils doivent avancer dans leur travail. Nous découvrons encore des monuments merveilleux, chargés d’histoire et d’émotion bien difficiles à décrire. Ce sont juste de pures merveilles et tout particulièrement Bantaey Srei dont les sculptures sont d’une finesse incroyable, les couleurs sont magnifiques et il est particulièrement bien conservé. Mais là, les photos seront plus parlantes que les mots.

IMG_3710 IMG_3759Les marchandes de souvenirs nous interpellent toujours à la sortie d’un site: « Mister Lady » ou « Madam Sir », « two for one dalla » ($) ce sera quelques fois l’occasion de blaguer un peu avec elles. En tout cas le sourire est toujours de mise, et ça fait du bien, on avait un peu oublié ça après le Laos.

IMG_3748

Nous retrouvons les enfants qui ont passé une bien bonne journée sans nous, piscine, resto, boulot, réseau… Le rêve en somme! L’expérience est à renouveler, ça fait du bien à tout le monde… Le soir, dîner au Marum, un restaurant qui fait partie du réseau Friends qui forment des jeunes défavorisés au métier! Les restos que nous avons testés sont très sympa, cadre agréable et calme, service impeccable et cuisine créative mais excellente. Et en plus on fait une bonne action alors on ne peut que vous recommander ces établissements à l’occasion d’un séjour au Laos ou au Cambodge.

Tonle Sap

Aujourd’hui nous allons faire un tour sur le Tonle Sap, le plus grand lac d’Asie du Sud-est, à 45 minutes de Siem Reap. Bon, on va faire vite, cette virée est à éviter si on considère le prix très élevé et le peu d’intérêt de la visite. Le village Kampong Phluk , monté sur d’immenses pilotis prend un droit d’entrée de 20$/personne, bateau compris (ouf!) auquel il faut rajouter 5$/personne de barque pour aller dans la mangrove dire bonjour à une vendeuses de coca en pirogue qui vous vendra aussi cahiers et crayons pour les enfants défavorisés.

IMG_3832 Sur le Tonle Sap

Kompong PhlucAutant vous dire que le Tonle Sap est un très bel endroit qu’il est préférable de visiter depuis un autre village. On s’est senti tellement pigeon que David a roucoulé pendant tout le chemin du retour!

Puis après un peu de travail à l’hôtel, nous allons visiter une école qui apprend l’anglais à des enfants des rues, orphelins, ou même tout juste sortis de prison. Financée en partie par le propriétaire de notre hôtel et autres mécènes, l’école accueille 175 élèves, dont 18 ont été adoptés par le fondateur de cette école, Mr Ross. Nous assistons à une heure de classe avec ses enfants magnifiques et souriants, qui ont soif d’apprendre et d’échanger avec nous. Mr Ross' School

La jeune professeur bénévole n’a que 20 ans. C’est très enrichissant pour nous de voir l’envers de la carte postale, la réalité cambodgienne loin du décorum touristique qu’est Siem Reap, mais la ville a d’autres visages que le hasard, ou le destin nous a permis de découvrir. L’expérience a marqué Pablo et Maé aussi, dans le bon sens du terme. Les choses prennent forcément une autre dimension quand on est confronté à ses semblables…

Nous dînons à l’hôtel pour cette dernière soirée, où toute l’équipe est vraiment adorable et efficace. Le propriétaire nous rejoint à la fin du repas, nous demande si nous avons aimé l’école, nous explique qu’il adore les enfants, qu’il a grandit sous le régime de Pol Pot, travaillé comme soldat quand le pays était aux mains du Vietnam. Encore un Monsieur d’une infinie gentillesse qui a dû voir et vivre de choses terribles.

Aujourd’hui nous quittons Siem Reap avec dans le cœur les splendeurs d’Angkor, le cirque Phare, l’école, et le staff de cet hôtel qui nous a offert bien plus que le gîte et le couvert. Zam l’un des réceptionnistes, gardera aussi un joli petit coin dans nos cœurs. Sans oublier Mr Kosal qui nous a trimballé pendant tout ce séjour à Siem Reap

Phnom Penh

Nous rejoignons Phnom Penh en bus (6 heures) dans lequel nous sommes les seuls occidentaux. Avec de la « bonne » musique cambodgienne en qui hurle dans les baffles… Nous arrivons à Phnom Penh à la nuit tombée après un long trajet sur des chemins de terre rougeâtre. La poussière épaisse s’immisce partout dans le bus, et à l’arrivée les sacs en sont recouverts. Arrivés à l’hôtel, le cafard géant retrouvé dans la salle de bain a raison de ma bonne humeur. Allez hop, on change de chambre. Et oui, je suis une chochotte, que voulez-vous… Nous allons dîner chez Friends, le réseau de restaurant qui fonctionne avec des jeunes en difficultés. Et c’est toujours aussi bien.

Musée des Beaux-Arts à Phnom Penh

Aujourd’hui, allons visiter le musée des Beaux-Arts de Phnom Penh avec David. Le bâtiment rouge aux allures de temple est très joli. A l’intérieur, de très belles pièces de l’art khmer originaires d’Angkor pour la plupart mais aussi d’autres sites Khmer. Bouddha, Shiva, Vishnou en bronze, en grès, en bois se partagent la vedette. Certaines pièces très anciennes sont magnifiquement conservées, et traduisent bien toute la richesse de l’art khmer. Puis nous sommes allés, comme toujours, faire un tour au marché de la ville.

IMG_3919 Marché Central à Phnom PenhJe ne vous refais pas tout le parcours mais le marché central de Phnom Penh est immense et on y trouve vraiment de tout. On en profite pour goûter le fruit du jaquier dont la saveur est un mélange de melon et de banane. C’est pas mal du tout. Ici, tout est d’une fraîcheur incroyable, les poissons sont encore vivants pour certains, dans les grandes bassines oxygénées, il y a des crevettes de toutes les tailles, des crabes et des demoiselles (sorte de langouste d’eau douce à queue plate) qui frétillent. Régal des yeux. Nous en profitons pour acheter du délicieux poivre de Kampot, aussi puissant que parfumé. Nous profitons de l’après midi pour travailler avec les enfants. Les cours, le blog, nous sommes un peu à la traîne, il faut bien l’avouer…! Nous allons dîner sur les quais du Mékong. En sortant, un chauffeur de tuk-tuk parlant un français parfait nous propose ses services pour le lendemain. Le courant passe tout de suite, il connaît bien son pays, son histoire compliquée, ses affres, et après une petite négociation tarifaire, Sopheak nous donne rendez-vous à 9:00 le lendemain, devant l’hôtel. Nous avons hâte de le retrouver et d’en apprendre plus sur ce pays meurtri et sur son peuple qui nous avons tout de suite aimé, et dont le passé tourmenté nous échappe un peu.

Phnom Penh

Aujourd’hui, le programme est chargé en émotions. Nous allons « visiter » les Killing Fields (les champs de la mort où des milliers de Cambodgiens ont été exécutés sous le régime de Pol Pot) et S-21, la prison la plus tristement célèbre sous le régime des Khmers Rouges, dont seulement 7 personnes sont ressorties miraculeusement vivantes. Nous avons laissé le choix aux enfants de venir ou non, et Pablo a préfèré rester à l’hôtel. Nous attendons Sopheak, le chauffeur de tuk-tuk, impatients, mais il n’arrivera jamais… Déçus, nous succombons aux sollicitations d’un de ses confrères très insistant. Nous voilà partis sur les immenses artères de la capitale. La ville n’est pas belle et très sale dès qu’on s’éloigne du centre, l’air est poussiéreux et pollué, la circulation est dense et un peu folle. Encore une ville que nous ne détestons pas sans l’aimer pour autant. Nous visitons d’abord les Killing Fields de Choeung Ek où tous les prisonniers de S-21 ont été sauvagement exécutés. Dans le grand stupa central, le mémorial abrite de nombreux ossements retrouvés dans les fosses communes. La visite, si elle est instructive, fait froid dans le dos, mais il est bien difficile pour nos esprits libres d’imaginer l’horreur de cette période macabre dont je vous passe les sordides détails. Et c’était hier…

Killing Fields

Le marché russe nous permet de reprendre un peu nos esprits. Il est moins agréable et beaucoup plus « parfumé » que le marché central. Nous achetons quelques souvenirs de rigueur avant de rejoindre la prison S-21 (Tuol Sleng) devenue le musée du crime génocidaire. Dés que l’on pénètre ici, les quatre bâtiments qui constituent la prison dégagent quelque chose de sombre, d’effrayant, malgré la jolie cour arborée qui ne suffit pas à adoucir cette atmosphère pesante. Les chambres de tortures, les cellules, communes et individuelles, les clichés des bourreaux et de leurs victimes… Chaque étape de la visite est un pas de plus dans l’horreur. Maé renoncera rapidement à la visite, et comment lui en vouloir ? Pourtant, cela nous semblait être un passage obligé pour appréhender l’histoire et l’âme du Cambodge. A la fin de notre visite dans ce lieu extrêmement chargé, nous allons à la rencontre de Chum Mey, un des 7 survivants de ce sanctuaire, qui vend le livre de son histoire, là, à quelques dizaines de mètres de sa cellule, là où il a été torturé pendant 12 jours et 12 nuits, sans relâche, avant que les Khmers Rouges ne découvrent que ses compétences de mécanicien leur seraient très utiles pour réparer les machines à écrire de la prison. C’est ce qui lui sauvera la vie. Et pourtant… J’ai rarement vu autant de lumière dans les yeux d’un homme… Notre seul regret est de ne pas avoir pu échanger avec lui qui ne parle que le Khmer. Puisse le reste de votre vie être aussi douce que possible Monsieur Chum Mey.

Nous ressortons glacés par ce que nous avons vu et appris, et déjà notre regard a changé. Cet homme, ici, et cette femme là-bas, a vécu d’une manière ou d’une autre le régime génocidaire de Pol Pot. Comment renaître après cela ? Le sujet occupe nos esprits et nos conversations y reviennent souvent. Et il reviendra encore et encore, inévitablement.

Phnom PenhNous retournons sur les quais pour notre dernière soirée au Cambodge. Dans les rues, des stands de cuisine de rue près desquels s’amoncellent les ordures d’où émergent de temps en temps des blattes mutantes, pléthore de restaurants et de bars à filles où des mâles occidentaux malsains et bidonnants portent sur eux la raison de leur présence ici… En rentrant à l’hôtel, le propriétaire français interpelle David et lui remet une lettre en lui expliquant qu’un chauffeur de tuk-tuk est passé ce matin, tout désolé de n’avoir pas pu honorer sa promesse : dans sa lettre Sopheak s’excuse de ne pas avoir pu venir nous chercher à cause d’une panne de moto… Ça nous a beaucoup touché, vous l’imaginez. Nous laissons le Cambodge à regret. Nous n’avons fait que le traverser mais il nous laisse un goût d’inachevé. Le peuple cambodgien mérite à lui seul qu’on s’attarde ici, même s’il vaut mieux avoir engrangé quelques liasses de dollars ! Demain, nous rejoignons le Vietnam en bateau et en bus, pour une première étape dans le delta du Mékong.

En route pour le Vietnam

Nous vous souhaitons à toutes et à tous, une merveilleuse année 2016, pleine de couleurs et d’éclats de rire, avec le bonheur pour seule destination.